Dans un contexte de crise sanitaire sans précédent, et alors que vient tout juste d’être annoncé le prolongement des mesures de confinement pour l'ensemble de la population jusqu'au 11 mai prochain, les entreprises s'organisent. Sur l'agglomération de Castres, comme un peu partout en France, chacun cherche sa solution, à son échelle, pour éviter le naufrage, sauver ses emplois et préparer l'avenir. Après un moment de sidération, qui s'est parfois traduit par un arrêt des activités, certains ateliers retrouvent une vie quasi normale. Exemples chez Benne SA, Groupe Duo, Scop Cabrol ou Groupe Syselec.

 

Benne SA répond aux besoins des industriels de l'agroalimentaire et de la pharmacie

Certes, les ingénieurs de projet et les commerciaux ne peuvent plus faire la tournée des clients, mais chez Benne SA (130 salariés, 12,98 M€ de CA), pas question de fermer les ateliers. Spécialisée dans la conception de convoyeurs et de bandes transporteuses, la société castraise doit pouvoir répondre aux urgences. « Dès le 18 mars, nous nous sommes adaptés à la situation », explique Thibault Benne, directeur général de la société familiale. De nombreux projets ont été mis en stand-by. Une partie des bureaux a été fermée. En revanche, une cellule de crise a été mise en place pour répondre dans les meilleurs délais aux demandes urgentes des clients de l'agroalimentaire et de la pharmacie, deux secteurs très sollicités qui représentent aujourd'hui 100% de la clientèle de l'entreprise. « Nous avons même réussi à livrer un convoyeur automatisé associé à un robot de palettisation à une entreprise nîmoise pour augmenter sa capacité de production de bidons destinés aux producteurs de gel hydro-alcoolique », se félicite Thibault Benne. Il a toutefois fallu réorganiser les ateliers pour respecter la distanciation. Des équipes ont été constituées pour décaler les arrivées et les départs, les pauses et les repas. Les réunions sont limitées à quelques participants. Et au final, à peine une quarantaine de salariés travaillent quotidiennement sur le site, auxquels s'ajoutent une vingtaine de postes maintenus en télétravail. « Nous jonglons tous les jours entre les arrêts maladie, les congés et les arrêts pour garde d'enfant, mais sans les mesures mises en place très vite par les services de l'Etat, sans le chômage partiel, nous aurions eu du mal à ne pas mettre la clef sous la porte », reconnaît le chef d'entreprise.

 

Groupe Duo bénéficie de l’automatisation de son nouveau site

Ici, pas d'arrêt d'activité, ni de chômage partiel pour les 18 salariés. 4 postes d'intérimaires ont même été maintenus. « Nous avons enregistré un ralentissement sur le lavage des fûts de 30 à 200 litres, mais la demande en containers de gros volumes est en hausse pour répondre aux besoins d'emballages pour les producteurs de solutions hydro-alcooliques », précise Gilles Gamon, responsable du site de Castres. Spécialisé dans le recyclage et le reconditionnement d'emballages industriels, Groupe Duo, qui a inauguré fin 2018 sa nouvelle usine sur le Causse Espace d’Entreprises, bénéficie à plein de ses investissements de modernisation et d'automatisation. La distanciation entre les personnels est respectée. « Notre site est aussi organisé avec un sas d'entrée et de sortie pour des livraisons sécurisées sans contact avec les chauffeurs », souligne Gilles Gamon. Toutefois, l'inquiétude reste de mise. « Environ 40% de nos clients ont mis leurs usines ou une partie de leur production à l'arrêt. Certains ont décidé de redémarrer, mais nous manquons encore de visibilité pour les prochaines semaines », confie Gilles Gamon.

 

Chez Cabrol, on espère une reprise des premiers chantiers

La charpente métallique mazamétaine, spécialisée dans les ouvrages et ossatures complexes, a décidé de suivre les conseils de l'UIMM. « Si 100% de nos chantiers sont à l'arrêt, nous avons maintenu une activité de production d'éléments métalliques au sein de nos ateliers pour une petite vingtaine de salariés », témoigne Christian Vertadier, PDG de la Scop Cabrol (61 salariés, 14 M€ de CA en 2019). Les mesures ‘’barrières’’ ont été mises en place dans l'usine et pour l'instant, l'entreprise ne rencontre pas de difficulté pour s'approvisionner en acier, d'autant que beaucoup d'entreprises de transformation sont à l'arrêt. En revanche, après avoir épuisé les recours aux congés et aux jours pour garde d'enfant, l'entreprise a dû se résoudre fin mars à mettre en place un dispositif de chômage partiel pour d'autres services. Il faut maintenant que les chantiers puissent redémarrer. Mais les recommandations de l'OPPBTP (Organisme Professionnel de Prévention du Bâtiment et des Travaux Publics) ne sont pas simples à mettre en œuvre. « Sur la douzaine de gros chantiers majeurs que nous avions en cours avant la crise, seuls trois ont engagé les démarches de modification de leurs PGC (Plans Généraux de Chantier). Le chantier pour la construction d'un magasin Leroy Merlin à Béziers doit redémarrer le 20 avril, nous avons bon espoir que d'autres puissent être en mesure de redémarrer début mai », conclut Christian Vertadier.

 

Syselec milite pour une réorganisation du paysage industriel français

Spécialisée dans le câblage d'armoires électriques, la fabrication de cartes électroniques et les prestations globales d'industrialisation et d'intégration de produits électroniques ou électromécaniques, Syselec (46 salariés, 9,6 M€ de CA en 2019) à Labruguière a fait le choix de maintenir ses activités de production. « Mais nous arrivons en limite de nos stocks pour les cartes imprimées, comme pour certains composants et nous allons devoir recourir à du chômage partiel à partir du 20 avril », déplore Fabrice Castes, le président de la société. D'autant que les délais de livraison de ces matières premières en provenance de Chine s'allongent et que les prix sont de plus en plus tendus. « Il faudra tirer les leçons de cette crise et inverser la stratégie d'achat des grands groupes qui a eu pour seule conséquence ces dernières années une course aux bas coûts et une délocalisation de pans entiers de nos industries vers l'Asie », souligne le chef d'entreprise. Pour illustration, à peine 3% des circuits imprimés sont actuellement produits en Europe. « Il faut soutenir le développement d'une économie circulaire à l'échelle de l'Europe et réintégrer au plus vite les PME françaises dans les nouveaux schémas industriels nationaux. Nous avons l'agilité, les compétences et l'outil de production », insiste Fabrice Castes. En attendant, la société tourne à peine à 50% de ses capacités. Une seule des 3 lignes d'assemblage de cartes est encore en production. Un coup dur pour l'entreprise freinée en plein élan. Syselec s'apprêtait à réceptionner en juin 2020 sa nouvelle usine de Castres. Le chantier de construction de ce deuxième site de production est aujourd'hui à l'arrêt. « Nous espérons une reprise partielle des travaux dans les prochaines semaines, à condition que les entreprises parviennent à mettre en œuvre les modifications nécessaires pour assurer la sécurité de leurs personnels », explique Fabrice Castes.

 

Jouer la coopération interentreprises

« Le choc est extrêmement sévère », soulignait début avril Stéphane Latouche, directeur régional de la Banque de France en Occitanie, avant de rappeler que l'économie française tournait globalement à peine aux 2/3 de ses capacités, avec des reculs très contrastés : - 75% dans la construction, - 48% pour l'ensemble de l'industrie, - 6% pour l’agroalimentaire.

L'Occitanie n'échappe pas à cette contraction très forte de l'activité économique, d'autant que la région est particulièrement touchée par le coup de frein brutal enregistré dans l'aéronautique et le tourisme.

Concernant le Tarn, au 14 avril 2020, les mesures de chômage partiel concernaient directement 4 476 entreprises, pour un total de 33 687 salariés, soit quelques 15,4 millions d'heures cumulées depuis le 18 mars. « Un salarié sur trois du régime général est concerné », précise-t-on du côté des services de l'Etat.

Comme c'est le cas un peu partout en France, les secteurs les plus touchés sont le commerce (et en tout premier lieu les hôtels, restaurants et cafés), le BTP et l'industrie, avec un moindre choc observé sur l'agroalimentaire, la chimie ou la pharmacie. Le fait de disposer ici d'un tissu industriel très diversifié pourrait s'avérer une force en sortie de crise, à condition qu'une coopération interentreprises s'engage au niveau local.